Assez !!!!
Tout commence un lundi vers vingt-deux heures. Un documentaire bien construit qui s’attache au sujet sans digressions inutiles. Un travail soigné captivant, captive.
La leçon de violon
C’est l’histoire émouvante d’une professeur de violon qui s’acharne au fil des jours à faire comprendre. C’est le préambule indispensable à chaque geste. Émouvante parce que l’enseignante ne fait pas de distinguo quant aux origines, quant aux ressources. L’apprenti violoniste apprend l’essentiel, l’inhérent à l’ensemble des musiciens : tout en ce mode de portées est oreille. L’intelligence comme la qualité d’exécution vient de ce sens. La technique suit quand l’oreille comprend. Simple à l’image du roseau mais demandant force de conviction, amour et persuasion de la part de Rachel la professeur. Et le miracle se produit presque à tous les coups. Les enfants s’amourachent de cet instrument réputé difficile, délicat et qui demande une précision de tous les instants. La réalisatrice Julie Bertuccelli, tout du moins me concernant, a réussi son effet. Repu de ce qui donne à la vie une raison d’espérer, de croire encore aux côtés positifs, je me suis endormi apaisé. Ravi aussi de comprendre pourquoi le violon a pris autant de place dans la musique. C’était pourtant évident qu’un instrument qui ne supporte pas l’à-peu-près se taille une part de lion. Parce que entre nous, quand ça joue mal, entre les dents qui grincent et les épaules qui se voûtent ; tout un tas de mimiques crient ASSEZ !!!!
Qui ose dire que la jeunesse n’assure pas la relève, qu’elle ne pense qu’à faire du fric et se la couler douce ?
Á l’évidence quand vous prêter l’oreille, par exemple, au premier violon du philharmonique de Radio France, l’information tombe différemment puisqu’il s’agit de Nathan Mierdl. Un peu plus de deux décennies et du talent à revendre. Je vous invite à exercer votre ouïe : Haendel concerto en la mineur et avec un peu de temps Rinski-Korsaki : Shéhérazade.
Nota bene : Avec le trio Metral, rejoint depuis un an, il publie un disque de musique française dédié aux trios avec pianos de Ravel et Chausson.
Á l’évidence Daniel Lozakovich n’a pas attendu d’avoir une barbe blanche pour éblouir. Son style est celui d’un grand ! Il est mesuré, assez mature pour exprimer à la fois force et douceur. Timbre de velours pour le Prélude et Allegro de Fritz Kreisler. Nature délicate qui colle à merveille avec Orphée et Eurydice de Gluck. Mais ma préférence c’est Tchaïkovski : Six Romances à la Deutsche Gramophon. Vous ne vous en remettrez pas !
Et puis un autre angle, une autre manière d’envisager l’instrument avec Eva Slongo. Toute jeune elle a mis les pieds dans le Jazz. Un style revisité où les talents sont florès. Un genre qui oblige le pratiquant à donner son âme, s’offrir et au public et aux autres musiciens. Avec d’autres codes tout aussi rigoureux. L’improvisation fait sa force, le dialogue entre violon et voix son originalité. Une formation classique qui glisse vers le jazz de rencontre en rencontre.Eva Slongo découvre la magie de l’improvisation dans un bar où naît la douce euphorie pour ce style un peu à part, sans cesse réinterprété au fil des concerts. Elle se forme avec les plus grands (Pierre Blanchard, Didier Lockwood) et ça donne une jazz-woman capable de scatter et d’improviser au violon simultanément. Les projets musicaux pleuvent et la suite…promet d’être belle.
Enfin un petit hommage à Karen Briggs (à peine moins jeune) dont la carrière mérite plus qu’un large détour. La virtuosité fait corps avec la grâce, la joie, la bonne humeur. Difficile de ne pas être emporté bien loin, là où les soucis s’oublient. Déjà une grande carrière et autant de raisons
