Peut-être un spécialiste

Ce désir d’omnipotence qui, plus que jamais en période électorale, s’exprime en long, en large et en travers. Tout un tas de vieilles barbes se réveillent, retrouvent un semblant de dynamisme, se mettent à notre disposition. Quelle aubaine ! Le club des recalés nous fait « coucou, je vous l’avais bien dit le tour d’avant ». J’ai failli attendre ! Et puis les quelques omniscients brillantissimes qui lèvent le doigt au fond de la classe « hep monsieur ! moi je sais, j’ai la bonne réponse », mais qui, malgré leur insistance resteront probablement ignorés. Avec le charisme d’une pince à linge, l’avenir semblait compromis !

Tout ce beau monde désespérant se nourrit d’espoir, quête une reconnaissance bien fragile et finalement, dans la plupart des cas, parasite le système. Certains accrochent leurs noms à une loi, d’autres à une campagne glorieuse, à une conquête ou tout ce qui donne une saveur quand on a le melon voire la pastèque et que l’on se persuade d’être le seul et l’unique à la hauteur des enjeux.
Parmi eux, il y en a qui couchent sur le papier leurs redondantes pensées pour faire mieux la prochaine fois, les « bons conseils près de chez vous », les trucs et astuces à appliquer pour un futur confortable et joyeux.
Avec les agents numériques, cela devient assez facile d’avoir une rédaction correcte et ainsi les torchons indigestes sont légion. Il suffira en amont de nourrir la bête de quelques pensées éculées pour ne pas dire d’enculés et après quelques corrections d’usage avec un pro de l’édition, une jolie couverture, un titre qui percute, une quatrième élogieuse, en route ! Le tirage de monsieur est avancé. Un reste de notoriété, de l’autosatisfaction bien sûr et en face l’acheteur. Petit être un brin naïf pas trop documenté, handicapé du sens critique. Une affaire rondement menée et des piles conséquentes chez les revendeurs.

« Petit aparté sur l’I.A. qui, je le rappelle, n’est ni un dieu ni une personne mais une technologie mis à votre disposition. Un modèle détermine le meilleur et parfois le pire. Comme l’atome, la bagnole ou les desserts au chocolat ».
Bref va falloir choisir (soon ô soon the light) entre tout et rien, confier notre destinée à plus malin que nous, les redoutables sachants.
Comment ne pas être horripilé ? Comment faire confiance ?
J’ai une haute estime de la politique, des réunions de citoyens capables de résoudre des problèmes très complexes dans l’intérêt de tous, des représentants élus qui donnent tout pendant un ou deux mandats et s’en retournent plein d’usage et raison, vivre un autrement ; mais quand la politique devient une profession, une carrière, une succession de mandats, un passe droit, je la conchie.
Á force de les écouter jongler avec les milliards et comme je suis suffisamment avancé en âge pour voir ce qu’ils en font, j’ai pensé au roman :

« Les faux monnayeurs » bien qu’il n’ait rien à voir avec le texte précédemment écrit, par pur méchanceté de ma part.
Je rappelle à votre souvenir un des meilleurs romans du début du vingtième siècle. Dans cette œuvre un poil déroutante, André Gide innove et, à mon sens, c’est LE précurseur du nouveau roman. Probable visionnaire et grand écrivain qu’il faut lire ou relire. C’est utile de connaître cet auteur. Tout le contraire des redites politicardes dont on nous abreuve en préconisant les mêmes solutions tout en sachant qu’elles sont inefficaces.
Pendant ce temps mes légumes crament sous la canicule.
Outre :
– « Les faux monnayeurs », roman pour le moins ambitieux s’imposent :
– « La symphonie pastorale », un récit allégorique. De l’ombre à la lumière, la morale justifie l’inacceptable. Je n’en dis pas plus tant ce court roman, facile à lire, s’interprète bien plus qu’il ne se découvre.
– « Les nourritures terrestres », pour ne pas croire tout et n’importe quoi. Un manifeste pour se nourrir l’esprit, toucher du doigt la liberté, s’associer à son désir.
– « Les Caves du Vatican », une galerie de personnages bien campés et comme à son habitude, les interférences de Gide. Moi, j’aime bien.
Après, si, comme moi, vous aimez lire un peu la même chose mais vue sous d’autres angles, persévérez, vous ne serez pas déçu et deviendrez un admirateur de Gide…



