Je l’aime un pneu beaucoup

A priori je n’ai pas grand-chose à faire dans l’Oise. Mais soyons juste, j’ignore tout ou presque de ce département. Oui, je le reconnais, je préfère traîner mes guêtres dans plein d’autres endroits. La France a ceci de merveilleux, ses recoins et « ratacoins » recèlent surprises, richesses et perspectives. À coup sûr, l’Oise n’échappe pas à cette constatation. D’ailleurs je me demande parfois pourquoi certains passent une semaine et davantage (all inclusive cela va de soi) au bord de l’eau pour bronzer ou pratiquer le loisir sportif à la mode tout au bout du bout du monde ? Ils doivent ignorer que leur pays a un littoral de rêve et bien des sites extraordinaires. Probablement sont-ils animés par le besoin de changer d’air et de s’éloigner le plus possible des crasses de leur quotidien. Je ne vois pas d’autres explications rationnelles… À moins qu’il ne s’agisse d’un désordre psychologique, d’un non-sens écologique, d’une immaturité patente ?
Je traverse parfois l’Oise en route vers Amsterdam à la recherche qui de fromages bien cuits, qui de vitrines tout autant alléchantes que singulières, qui de plantes médicinales qui font rigoler, qui d’un autre mode de vie… choisir ou prendre le lot, là est la question !

Je m’arrête toujours à Beauvais car, en tant qu’amateur inconditionnel de flan pâtissier, je n’ai pas le choix. Le flan Savary est si crémeux si onctueux qu’une halte s’impose. J’en abuse et je persiste même si j’ai toujours un peu mal au bide après mais je n’en ai cure comme tout goinfre qui se respecte.
Plus attiré par les bords de mer et la haute montagne, je trace vite fait. Il paraît que les Oisiens sont sympas une fois abordés civilement. Je n’en doute pas, ce n’est certainement pas du flan.

Sur la route au nord de Paris un mien pneu a fait pschitt. Dans la petite ville de Méru. C’est pendant cet arrêt forcé que j’ai découvert un endroit à visiter qui n’a pas tuer mon temps mais l’a enrichi.
J’ai changé ma roue avec l’aide d’un bon samaritain car j’ai deux mains gauches et aucun sens pratique puis, comme l’opération s’est faite pile devant le Musée de la Nacre et de la Tabletterie, le petit bonhomme curieux a pris son billet. C’est ça, la France !
Le musée abrite le savoir-faire des tabletiers. Un métier peu connu qui se pratique depuis le Moyen Âge. Il consiste à travailler des matières dures d’origine végétale ou animale comme l’os, la corne et bien sûr la nacre. Le musée assure la sauvegarde de cet artisanat tout en formant la relève. L’histoire est enrichie de pièces magnifiques en ivoire, écailles de tortue (à présent remplacées) mais aussi en ébène, palissandre ou ivoire végétal.
À ce jour la nacre de Méru par le biais de ce musée devient plus vivante que jamais. L’institution certes accueille des apprentis mais c’est aussi un lieu de production. En son sein une tabletière spécialisée dans la nacre, un boutonnier, deux dominotiers font perdurer le savoir, donnent vie à de luxueux coffrets à dominos, à des boutons de manchettes et quantité d’objets singuliers, de très grande qualité.
En outre, une politique d’acquisition donne à ce musée un autre attrait. Il s’y côtoient des objets historiques rares et précieux ( entre autres des bilboquets en ivoires gravés époque Louis XIV ) avec une collection d’éventails à faire pâlir de plaisir Madame de Maintenon.
Bref, question tabletterie je me sens un peu moins court et désormais le reflet irisé de la nacre me parle différemment. Le matériau a su me séduire, j’en suis fort aise.
