Mel Brooks, eurêka
Halte à la ritualisation aliénante, asséchante qui consiste à se farcir tout ce que les majors nous assènent à grand coup de promotions ! Sur le fond, les mêmes histoires présentées sous différents angles, les mêmes acteurs bancables qui jouent le rôle assigné par de fortunés producteurs, souvent plus doués pour étaler leur vie privée dissolue que pour faire leur métier initial ; et sur la forme faut que ça pète de la technologie, que ça chie du bon sentiment, que ça fasse appel à notre mémoire collective, que ça suinte de vices, de choses malsaines bien glauques, que ça donne à la vertu et à la grandeur d’âme un vernis de chapelles…
Dommage de se laisser endormir par des berceuses purement commerciales bien agressives pour un cerveau sain. Des berceuses cousues de fils blancs, de ressorts simplistes propres à rassurer les idiots basiques, d’appel à nos bas instincts, de j’en passe et des meilleurs… je me suis laissé emporter.
Peut-être serait-il temps d’arrêter d’être con les jours pairs pour profiter un peu de nos capacités cognitives, du bien intime qu’elles procurent et de garder les jours impairs pour se laisser aller, donner libre cours à la face B qui pète au lit en trouvant la prouesse presque drôle.
Mel Brooks aura cent ans, le 28 juin 2026 (en tous cas je lui souhaite). Cet homme brillant m’a probablement aidé à prendre du recul en toute chose.
La nuit dernière j’avais oublié son nom, perdu derrière mes cheveux au point qu’il m’a fallu me souvenir de plusieurs de ses films avant de dire eurêka. C’est agaçant ces trous quand votre tête se transforme en passoire après une rude journée. C’est bizarre cependant de ne jamais oublier le nom de son dentiste qui propose des délais suffisamment long pour faire le tour du monde en ballon avant de pouvoir se faire soigner une carie. Alors qu’un réalisateur, acteur, producteur, compositeur remarquable et qui compte dans son activité, s’égare dans votre mémoire. Probable que la rareté y soit pour quelque chose. Plus facile de visionner un film de qualité que de trouver un homme en blanc. Mouais ! Pourtant, à bien y réfléchir si je devais choisir avant de mourir, j’opterais pour les œuvres complètes de Mel Brooks quitte à mâcher des clous de girofle pendant les séances. Parce que chez moi, l’entretien des boyaux de la rigolade est une priorité.
Récompensé tout au long de sa longue carrière (sept décennies tout de même) le roi de la parodie ne peut pas laisser indifférent. Un style unique, un sens du burlesque, du loufoque à toutes épreuves qui lui ont valus des émules et non des moindres (à vous de savoir de qui je parle). Mel Brooks fait du bien, c’est un remède doux et cependant efficace pour briser les chaînes de bienséances qui nous pourrissent la vie, paralysent nos désirs d’un autrement. Un remède aussi pour ne pas se prendre trop au sérieux, cessez de faire le Mickey dans ce monde qui grimace au bord du patatrac…
Pour débuter quatre propositions
- Frankenstein Junior (1974)
- Le Shérif est en prison (1974)
- La Dernière Folie de Mel Brooks (1976)
- Chienne de vie (1991)
Distribution remarquable avec le maître himself, le subtil Gene Wilder et tant d’autres.
