man wearing brown suit jacket mocking on white telephone

On se comprend…!?

De fin décembre à début janvier, nous nous comprenons. Avec ce souci de ne pas faire de vagues, d’éloigner les ambiguïtés, de parler un même langage. Un langage simple, riche de bonnes intentions, de bons sentiments qui ne s’expriment qu’avec des mots faciles, accessibles à tous. Noël, et la famille, enfin, réunie (que du bonheur !), le nouvel an pour s’en promettre et de la santé et de la réussite et des pistoles !

Hypocrisie que tout cela ? Pas forcément, j’y vois plus un besoin de faire la pause, d’arrêter les bagarres, mais surtout un besoin de communiquer, de donner, de s’aimer parfois, de se comprendre. Difficile de trouver plus fédérateur que cette trêve.

En attendant demain.

Alors, tout deviendra plus compliqué car si pour transiter d’une année à l’autre, le vocabulaire est simple, explicite parce qu’il se contente d’énoncer des évidences et autres lieux communs de saison, accessibles et facilement compréhensibles au plus grand nombre ; c’est après les problèmes. Après quand le besoin d’expliciter une pensée plus complexe, de pénétrer un exercice ardu, d’échanger un point de vue sur le fond avec un tiers qui sera venu d’un autre horizon, qu’il y aura comme un problème pour « s’entendre ».  C’est là, au moment où, avec les mêmes mots, nous ne parlons plus la même langue que nos relations s’aggravent souvent pour le pire, que le bât blesse « y’a comme une c…… dans le potage ».

Quand, en voyage outre hexagone, on ne maîtrise pas une langue, on se contente de peu. Dès lors que votre interlocuteur a compris que vous lui demandiez votre chemin tout va bien. Un petit merci, j’habite là-bas, vous connaissez ? Oui, non, bonne journée, votre pays est joli, la cuisine est excellente, les filles sont belles, vous êtes tous sympathiques… Il ne vient pas à l’idée à l’une ou l’autre des parties de pousser plus loin la conversation.

Quand dans son pays d’origine on n’arrive pas à se comprendre cela devient angoissant. S’il n’est plus possible de débattre d’exposer des idées qui vous tiennent à cœur, de partager avec d’autres ; la chienlit est à craindre. Au mieux l’indifférence au pire la haine que suscite trop souvent la différence.

Alors coupons là Mesdames et Messieurs ! Trouvons le remède ou cessons de l’ouvrir à tout jamais !

Sans avoir un bagage identique, il convient d’opérer un rapprochement entre interlocuteurs, qui puisse permettre d’aborder une discussion compréhensible pour les parties en présence. Pour ce faire, sans s’être au préalable entendu sur le sens donné aux mots, l’exercice est impossible et devient stérile de sens en quelques phrases. En fait, il ne s’agit pas uniquement d’avoir un vocabulaire similaire mais d’en avoir le même usage.

En bref arrêter de se dire « on se comprend » quand dans la plupart des cas « nippe que dalle, j’entrave que couic ». Il n’y a pas de honte à ignorer le sens d’un mot, d’une expression, d’une référence mais honte à celui qui manque de curiosité comme à celui qui ne reformule pas sa pensée pour qu’elle soit compréhensible de tous.

Si je dis ma demeure quand l’autre dit ma maison ou ma baraque, amoureux ou épris, ou mordu, ennuyer ou tourmenter, ou embêter, voler, dérober ou piquer… nous nous comprendrons peut-être, mais pas bien longtemps. Le niveau et la force des mots pour chacun d’entre nous induisent un angle différent, une manière particulière d’aborder un sujet sans oublier les mauvais emplois qui déstabilisent les non-initiés. Au bout du bout nous nous éloignons d’une véritable conversation et chacun s’endort sur ses lauriers dirait mon pote César. Notre imaginaire a fait le tri et se garde bien de le partager par peur de n’être point compris. On se quitte « bons amis » pour ne pas se foutre sur la gueule avec un zig qui n’a rien entendu.

Le manque de vocabulaire entraîne pour le locuteur une perte d’intérêt rapide, comme un endormissement lorsque le ton est monocorde.

Pourtant, c’est intéressant de bien se comprendre sur le fond des choses ne serait-ce que pour ne pas se déclarer la guerre sans trop savoir pourquoi. Pourtant c’est intéressant d’avoir un vrai échange. Vous savez quand chacun, au lieu d’attendre son tour pour parler et de continuer un monologue qu’il est le seul à comprendre, amène sa pierre à l’édifice sur un sujet devenu commun.

La solution pour ne pas s’enfermer dans ses pensées ?

Donnez-vous donc de la peine, faites un pas vers l’autre, en sachant sachez.

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