photo objectif

Pas si commun

La photo, c’est une question de point de vue. Et un point de vue, ça peut se partager…ou pas. Peu importe le diaphragme utilisé, la vitesse d’obturation ou l’objectif choisi, l’essentiel pour le spectateur est son ressenti, ce que le cliché évoque en lui, ce qu’il donne à partager, les surprises qu’il apporte car tout d’une photo réussi est dans l’émotion fut-elle fugace.

Le photographe écrit avec la lumière et avec plus ou moins de bonheur, et moi je me mire béat parfois. Un point, c’est tout.

Il est vrai que comme pour toute discipline, il est bon de posséder un minimum de technique. Savoir comment fonctionne un appareil, visser l’objectif adéquat, prendre la bonne ouverture, choisir la vitesse d’obturation, utiliser ou non un flash… tout est déterminant comme le travail après tirage et le choix d’un logiciel si le besoin s’en fait sentir… Mais en réalité comme pour tout plein d’expressions artistiques, la maîtrise technique doit accompagner le créateur et non se substituer à lui.

J’attends d’un photographe un regard, un coup derrière le plan, une question, un témoignage, une sensation qui érode mes certitudes, une direction qui puisse me surprendre, m’étonner…

Actuellement pour quelques sous, le commun des mortels peut s’offrir un bel appareil, peut utiliser un logiciel performant pour traiter l’image, peut trouver des sujets séduisants ou bizarres mais… ça ne suffit pas ! Il faut un angle de vue, un regard qui soit singulier. Il ne suffit pas de mitrailler des zozios, ses enfants, son chien, la tronche de l’être aimé et de mélanger le tout au shaker « filtres et trucages » pour être un créateur d’image. Évidemment, je tairai la liste des usurpateurs qui s’exhibent à chaque coin de rue l’appareil en bandoulière et qu’il me serait facile d’établir.

Je vais plutôt vous parler d’un regard authentique exceptionnel, indiscutable. Une artiste qui interpelle, soulève les interrogations, donne de la force au quotidien, fait jaillir les non-dits. Un hommage indispensable à cette photographe italienne (1938/2022) qui a su élever la photo encore plus haut. Certes l’aspect journalistique a de l’intérêt mais ses photos ont le plus qui manque à l’ordinaire tant elle le sublime. Elles sont à ce point évocatrices qu’elles nécessitent d’incessants va-et-vient aux visiteurs pour se gorger de leur essence. A priori la réalité est simple sauf que là, le cliché va chercher la vérité au cœur de la pieuvre, et perce les sous-entendus des regards. Souvent la mort y respire mais à quoi bon craindre ce qui est ? En se plongeant dans l’univers généré par Letizia Battaglia, on puise l’essentiel ; c’est cela qui donne à la photo ses lettres de noblesse, le droit d’être un art qui compte.

Letizia Battaglia Quartier Cala. La jeune fille au ballon, Palerme, 1980 Archivio Letizia Battaglia

Si vous souhaitez un regain d’émotion, un rebond à la routine et trouver pâture à donner à votre imaginaire, alors, je vous le dis, une visite s’impose quitte à faire un large détour.

Du 5 décembre 2024 au 18 mars 2025

Letizia Battaglia

Rétrospective au château de Tours.

À travers des tirages originaux Letizia Battaglia, vous immerge dans ce milieu secret. La Cosa Nostra comme si vous y étiez ! C’est impressionnant, un poil effrayant tant la réalité s’exprime dans toute sa violence. Pourtant ces clichés ont une dimension poétique qui leur donne une force incroyable. Il est frappant qu’un travail sans trucage, a plus de puissance que bien des tentatives préfabriquées comme l’insuffisance. Le strass et les paillettes, là aussi, prouvent leurs limites.

Désolé, je suis sans filtre !

Le temps d’un week-end vous pourrez aussi croiser quelques châteaux : Azay-le-Rideau, Villandry, Chenonceaux… Moi, je me garde Le Château du Rivau moins connu mais tout aussi charmant avec en prime de monumentales sculptures dans le jardin.

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