Vaste programme

J’ai rencontré Marie. Elle m’a parlé musique en m’expliquant que d’une certaine manière (et pour faire court), elle ne pouvait pas entendre sans écouter ; qu’une harmonie qui lui plaisait, retenait non seulement toute son attention, mais mobilisait ses sens et peut-être même son âme.

Vaste programme !

Nous en sommes restés là. Chacun est reparti vaquer à ses occupations. Et moi, et moi, et moi comme j’écoute souvent des sons, j’ai réfléchi à ce que la petite Marie m’a dit. Résultat, nous avons un point commun ; en effet, moi aussi, je n’entends pas la musique, je l’écoute. Je l’écoute pleine et entière.

À la maison ?

Jamais d’ambiance sonore, que de la musique. Elle me mobilise les pavillons, se diffuse, vibre tout en dedans jusqu’à se fondre. C’est comme un nectar en bouche qui demande le maximum pour être apprécié.

La méthode, à savoir le comment, est déterminante. L’attention portée donne une force, une gravité ; tandis que se contenter de prêter son oreille incite à la légèreté, la frivolité. Une œuvre forte ne peut s’apprécier en passant le sel. Je comprends mieux, merci la petite Marie :

pour aimer la musique, il faut se donner à l’écoute.

Autrement, l’accès à Verdi vous sera interdit.

Oui, j’ose le dire !

Ce qui n’empêche pas de vivre, sa vie d’auditeur avec tout autant de plaisirs et sans autre démarche qu’un accompagnement salutaire pour s’adoucir l’existence.

Revenons à Giuseppe. Il m’a appris sans le savoir à tendre l’oreille plus en avant. Avec le recul, j’aurais été fou de ne pas le faire.

Nabucco est le troisième opéra de Verdi, un des plus connu (si je vous dis : chœur des esclaves ?). Une histoire d’amour (encore et encore) sous un décor politique conflictuel.

L’opéra suit la comédie “Un giorno di regno” qui n’a pas connu le succès. Le jeune Verdi (vingt-six ans) donne un souffle exceptionnel à sa nouvelle œuvre. Le compositeur se révèle, devient autre, franchit le seuil, et la “Tinta musicale” de “Nabucco” résonne dans tout Milan. Un génie est né, reste à se perdre dans sa musique, à s’offrir à elle parce qu’en fait on n’a pas d’autres choix pour apprécier vraiment. D’autant que l’intrigue n’est pas si facile à suivre. C’est plus une succession de scènes individuelles, comme autant de couleurs riches et chatoyantes, qui fascinent, qu’une histoire à proprement parler.

Maintenant suivez mon conseil, calez-vous confortablement dans votre fauteuil préféré, tendez l’oreille, ne faîtes rien d’autre, profitez.verdi nabucco

Réf : Azzura Records – Nabucco – Arènes de Vérone 1992- Multigram Production- Anton Guadagno – J’ai bien aimé celui-là.

 

Épilogue

Verdi est né dans la région d’Emilie-Romagne à Roncole non loin de Parme alors, pour vous remettre de vos émotions : Pasta, Parmigiano et Prosciutto coulent de source.

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