Livres en boîte

Depuis quelques années, les « bibliothèques d’échanges et de partages » fleurissent un peu partout. Bien pratique, mais surtout surprenant, de trouver de la lecture dans des endroits parfois improbables. Sur un parking, dans une résidence de vacances, voire chez des professionnels qui « ne jettent pas ». Et d’ailleurs, dans un monde où l’illettrisme prend derechef le pouvoir,est-ce bien légitime de jeter de la nourriture ?

 

 

Lors de mes premières tentatives, les mets furent décevants. Entre le roman à l’eau de rose pour le moins insipide, le roman dit de gare où les histoires identiques (amour, gloire et beauté) se dupliquent cent fois avec le même style, le polar sans surprise, la saga du prof à la retraite ou l’histoire, tout court, mais vue sous un angle négationniste, je ne trouvais pas un repas qui me tienne au corps ; dont je puisse me souvenir comme d’un bon moment et que je puisse partager. Puis, avec le temps, les surprises agréables prirent place. Elles se mélangèrent sans chichi et donnèrent aux échanges une homogénéité de bon aloi. J’apportais ma contribution puisque, comme tout lecteur vorace, je croule rapidement sous les livres.

À présent, certaines bibliothèques recèlent des trésors, de bonnes surprises et permettent des découvertes auxquelles je n’aurais pas pensées tout seul comme un grand. Car même ceux qui se la pètent ne savent pas encore tout.

Entre les prix littéraires (déjà passés aux filtres parfois perspicaces d’un jury) que tonton Jean qui ne lit pas, vous avait offert (à présent il est mort), les bandes dessinées underground (bien souvent trésor d’inventivité) et le guide qui vous donne des indications surprenantes, c’est la fête au village, le festin de roi. En tout cas, moi ça me convient. Maintenant, quand je pars quelques jours, je charge ma valise de lignes pour procéder à un échange. C’est un peu comme un rite, presque une addiction.

Voici quelques trouvailles d’importance que j’ai aimées et qui sont de nouveau à disposition des curieux, des petits revenus gourmands ou de ceux qui ont fait leurs valises en oubliant l’essentiel.

« Petits suicides entre amis » Arto Paasilinna (auteur de « Le lièvre de Vatanen » petit roman bien sympathique trouvé en Bretagne et laissé à Carcassonne. « Suite française » Irène Némirovsky, roman intense et émouvant presque indispensable pour qui s’intéresse à la période de l’occupation, trouvé pendant un week-end au ski et donné depuis à une passionnée d’histoire. Et « La bible du grand voyageur » lonely planet : Anick-Marie Bouchard, Guillaume Charroin, Nans Thomassey qui porte bien son nom. Je l’ai gardée et laissé d’autres guides, à mon sens, moins pratiques, un peu partout dans l’hexagone.

Ces trois livres, parmi tant d’autres, sont une raison suffisante pour ne pas snober les « bibliothèques d’échanges et de partages » … Mais acheter des livres (dans une librairie) n’est pas pour autant un crime !

 

« Donner une autre chance à un livre, c’est comprendre sa multitude. »

Une fois que le monsieur m’a dit ça ; on a discuté jusqu’à plus d’heure et ma compagne qui m’attendait m’a grave disputé. Toute médaille a son revers…

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