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Besoin de rien, envie de lire

C’est difficile de connaître précisément les raisons qui nous poussent à écrire

– de nombreux auteurs ont tenté moult explications plus ou moins convaincantes, souvent avec brio – mais c’est facile de savoir s’il s’agit d’une nécessité première, quasi vitale ou d’un hobby. Dans le premier cas le porteur de plume n’attendra pas l’âge de la retraite pour coucher des lignes et en fait pour s’exister ( j’insiste sur le s apostrophe) et dans le deuxième, c’est souvent pour se rattraper après une vie active contraignante pas trop enthousiasmante.

Comme je lis beaucoup d’ouvrages soit déjà parus soit sous forme de tapuscrits, en général je distingue assez vite les talents tardifs ce qui ne m’empêche pas d’avoir de belles surprises. Globalement cependant ce qui émane de la première origine me plaît davantage.

Le plaisir rare que donne des lignes dans lesquelles on se plonge avec délice en oubliant le monde alentour est une friandise que j’apprécie plus que tout autre. Et justement, j’ai rencontré récemment un style dense tout d’images vêtues, naviguant dans une histoire un tantinet surréaliste.

L’ambiance m’a plu dès les premières pages, les personnages étonnants intriguent et les chapitres s’enchaînent de surprise en surprise.

C’est un livre inexplicable qui offre à chaque lecteur sa part de solutions, son propre chemin pour peu qu’il recherche l’enfoui, l’oublié, l’inavouable. Multidimensionnel. Des portes comme autant d’entrées, des puits imaginaires, des chemins à prendre… Ça ne s’explique pas. Comment expliquer, Céline, Malcolm Lowry, Malaparte sans sombrer dans sa propre interprétation jusqu’à s’y perdre et devenir incompréhensible ?

Une note de l’auteur pour dire que tout est dit, que le reste est le travail du lecteur. Tout est dit peut-être mais pas n’importe comment. La quintessence d’un long travail, l’aboutissement de milliers de pages noircies, la porte ouverte à une poésie jadis trop contenue qui s’exprime enfin, une succession heureuse de formules singulières, la force d’un parcours littéraire prolifique peuplé de locutions savoureuses. Les chapitres courts peuvent d’ailleurs se savourer dans le désordre.

majestic angel statue at barcelona victory column

«  Elle comprenait maintenant que la Veilleuse creuse ne prenait pas par violence »

« Une douleur condensée, une figure tissée de peines qu’ils avaient tous deux portées. »

« Une silhouette sans traits, faite de larmes et de renoncements. »

« Aucun bruit ne l’accompagnait, sinon celui de ses propres pas sur le gravier et le gémissement discret de ses pensées. »

« Le silence plein. Celui qui n’est pas absence de bruit, mais présence d’attente. »

« Des histoires trop fragiles pour avoir été dites. »

« … portait en elle cette dignité silencieuse que seuls les lieux de patience savent cultiver. »

« … les voix de la ville s’étiolaient, comme si les bruits même hésitaient à franchir les collines. »

Histoire d’échapper aux textes insipides, rédigés comme des rédactions scolaires, dans un style entendu, attendu et ennuyeux. Puisse le tapuscrit intitulé « Les Ombres de Barcelone » voir le jour rapidement dans vos rayonnages.

Du coup, bien obligé, j’ai fait des recherches sur l’auteur. Avec une centaine d’ouvrages et un éclectisme hors du commun, il ne m’a pas déçu. Et je ne vais vous parler que des choses écrites ! Parce qu’il s’agit d’une vraie vie de saltimbanque multi disciplines qui a embrassé l’art sous toutes ses formes avec gourmandise.

Quelques polars pour s’échauffer. Écrits comme des romans de gare, simples et directs. Quoique certaines fois la plume acérée pointe le bout de son nez. Dans « Crime à Châteauroux », l’épilogue donne une touche littéraire autant surprenante qu’appréciable. Il en est ainsi pour la plupart de ses polars. Écriture facile et badine mais pas que… Il suffit de gratter.

Après cette mise en bouche quelques essais seront les bienvenus.

Travaux remarquables qui sont devenus pour certains des références.

On lui doit les tous premiers essais sur Houellebecq mais il s’est aussi penché sur Makine, Baudelaire, Proust, Carmen , les écrivains franco-russes…

Quelques ouvrages techniques et variés dont treize consacrés à la race canine. Parce que quitte à s’intéresser autant se pencher plus en avant !

La fin justifie un brin de poésie. Part non négligeable de l’œuvre.

Boulimique de culture, l’auteur s’est intéressé à tout ou presque pour créer un univers bien à lui. À toi citoyen lecteur de picorer au gré de tes envies, fais ton choix en quelques clics efficaces et pratiques.

Au fait, je ne vous ai pas dit. L’auteur ? Il s’agit de l’inénarrable que dis-je ! De l’incomparable Murielle Lucie Clément.

Malin que vous êtes vous l’aviez deviné !

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    Vous désirez certainement parler de « Murielle Lucie Clément » et non pas de « Muriel Lucie Clément » si je ne m’abuse.

    Cela lui fera plaisir lorsqu’elle lira cet article.

  2. Je ne comprends pas cette remarque il s’agit bien de « Murielle » avec deux ailes comme vous pouvez le vérifier sur le champ.

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