Signes singuliers

Singulier

ce monde qui n’écrit plus mais qui se lit, se découvre ainsi et peine à cacher ses secrets.

À un ami qui me soutenait « tu ne peux pas passer trois jours sans lire », j’ai répondu « personne ne peut s’en passer ».

Je m’explique. L’omniprésence de l’écrit s’impose à tous. Testez votre vie sans livre, revue, magazine et vous comprendrez. La démarche est simple, efficace. Les effets apparaissent dès le petit déjeuner. Sur le paquet de café, la plaquette de beurre, le pot de confiture… Les informations, les slogans vous abreuvent de lettres qui reliées bout à bout forment des mots que vous lisez sans même vous en apercevoir. Une dizaine de petits déjeuners et vous n’ignorez rien de votre café cultivé sous ombrage et récolté à la main, de votre beurre tendre à 700 calories les 100 grammes ou de votre confiote avec encore plus de fruits.

Singulier

et surprenant quand dans la journée vous faîtes vos courses pour découvrir que, finalement, on vous l’avait bien dit ; qu’il serait temps de vous mettre au régime histoire de ne pas rendre l’âme prématurément. Partagé entre le bon Nutri-score et le plus crémeux des plaisirs (une onctueuse spirale de glace saveur vanille travaillée à la perfection pour une légèreté digne d’un petit nuage…).

Mais l’exercice ne s’arrête pas à l’étiquetage alimentaire. Il s’applique à tout ce qui est manufacturé, normé et défini suivant un code. Ce dernier va vous permettre d’en savoir plus (en général pour l’oublier dès le lendemain) au minimum de connaître le mode d’emploi, donc de lire car la méthode empirique est le plus souvent source de déconvenues.

Singulier

aussi de se rendre compte que tout s’affiche en lettres grasses aux couleurs chatoyantes le jour, de feux la nuit, pour vous indiquer la bonne direction. Même votre G.P.S. s’y colle. Il ne s’agit pas de manquer l’affaire de la semaine, le commerce où tout se passe, l’événement où l’on doit être.

Avant d’aller plus loin, un petit bravo aux auteurs prolifiques, maîtres de la formule qui fait mouche, rois du sens de l’à-propos et plutôt créatifs.

Il est temps de s’intéresser à Ferdinand de Saussure, l’homme qui posa les bases de la sémiologie linguistique. Nous sommes des hommes-sandwichs qui veulent être lus. Nous nous exhibons en permanence, le torse bombé avec nos sentences. Griffes de prestige ou petites phrases plus ou moins provocantes, nous sommes lus et relus toute la journée.

Il est fort peu probable que le monde se passe, bien qu’en partie illettré, de toutes formes de lecture.

Cette diatribe m’a donné envie de devenir un apprenti sémiologue.

Singulier non ?

 

Reste à trouver des auteurs en dehors de Ferdinand de Saussure.Ferdinand de Saussure livre

Roland Barthes, par exemplelivre Roland Barthes

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