Liberté dehors

Le 16 novembre 1895, Sébastien Faure crée un nouvel hebdomadaire « Le monde libertaire ». Bon an mal an, il paraît puis… est remplacé puis… disparaît puis… reparaît en 1944 pour devenir de nouveau hebdomadaire en 1946.

De grands noms collaborent : Brassens, Breton, Ferré, Camus…

« Le monde libertaire actuel » est l’héritier. En quelque sorte un briseur de chaînes et de prêt-à-penser qui dure depuis plus de soixante ans.

Un déboucheur d’esprits butés qui a sa place.

Il est juste de citer Joseph Déjacque qui, dès 1858, sort aux États-Unis « Le libertaire » ; ce qui tend à prouver que la liberté guide leurs pas, quel que soit le continent, que depuis deux siècles le mot Liberté a tout son sens. Dommage qu’il faille le hurler pour se faire entendre.

Me concernant, si la liberté m ‘inspire, la curiosité m’anime et, quoique n’étant pas à proprement parler anarchiste, j’ai laissé traîner mes yeux sur un ouvrage sis à deux pas. Plaisir de la découverte qui fut grandement récompensé.

Une quarantaine d’enragés de la liberté, plus ou moins connus, avec comme point commun la soif de polémique viscéralement attachée aux boyaux de la tête.

Avec « Les enragés de la liberté » (Anthologie des pamphlétaires du XVIème au XIXème siècles) de Daniel Cosculluela (éditions Max Milo), vous plongez dans un monde réjouissant, vivant, vous voguez de découvertes en découvertes, de surprises en surprises pour mieux comprendre que ce qui fait le ciment d’une pensée est la résultante de la somme de… pensées. Notre absolu besoin de s’enrichir y trouve son compte et fouiller dans les recoins du savoir comme des révoltes permet une bonne santé à notre intelligence.

En veux-tu en voilà.

Zo d’Axa

Zo d’Axa (1880-1911), créateur du journal « L’en dehors » puis de « La feuille ». Zo d’Axa est en fait un pseudo inspiré du grec qui signifie « vivre en mordant » et qui annonce le pamphlétaire. L’homme antimilitariste, épris d’indépendance, de liberté et toujours, toujours individualiste, ouvre les portes du libre arbitre avant qu’elles se ferme avec brutalité.

Au début du siècle dernier il abandonne toute activité politique. Blasé d’un peut tout il voyage puis revient en France. Silencieux et tranquille il vit sur une péniche à Marseille.

Indépendant plus que jamais sans renier quoique ce soit. En 1914 la guerre ne le fit pas devenir patriote, en 1917 la révolution russe ne le fit pas redevenir révolutionnaire. D’ailleurs il choisit le jour de sa mort mais avant, il brûle l’essentiel de ses feuilles.

Zo d’Axa a été un artiste révolté, sans aigreurs malgré les saisies, les perquisitions et les poursuites, sa verve demeura intact. Pour en juger lire « La feuille » (Du Lérot éditeur) 25 numéros avec en primes les dessins afférents (principalement ceux de Steinlen).

Caroline Rémy dite Séverine

Caroline Rémy dite Séverine (1855-1929), à la fois libertaire, féministe et pacifiste elle prête sa plume sous différents pseudonymes à de nombreux journaux, d’opinions différentes : L’éclair, le figaro, l’humanité…

Jules Vallès sera une rencontre capitale, un quasi-mentor. Ensemble ils font revivre « Le cri du peuple ».

Caroline Rémy fut journaliste pour « La Fronde », quotidien de Marguerite Durand, entièrement réalisé par des femmes. Elle y défend toutes les causes qui lui paraissent justes et n’hésite pas à enquêter au cœur des événements.

Indispensable : « Notes d’une frondeuse » Séverine (préfacé par Jules Vallès) Hachette Livre.

Gaston Couté

Gaston Couté (1880-1911)

À lire comme à écouter, poète libertaire du Berry, chansonnier précurseur et père spirituel des « Brassens » à venir, Gaston Couté surprend.

Autant poète que paysan il « monte » à la capital avec ses textes pour bagages. Il vient d’avoir dix huit ans. Pour débuter, comme beaucoup, des années de vaches maigres mais assez vite des cabarets lui permettent une reconnaissance. En même temps quelques journaux libertaires lui ouvrent leurs colonnes. « La guerre sociale » avec « La chanson de la semaine » lui donne une visibilité.

Ses écrits sont engagés, intrépides, sans illusions avec en filigrane le réalisme d’un homme du terroir.

« Ohé ! Là-bas ! Le gros vicaire,
Qui menez un défunt en terre,
Les morts n’ont plus besoin de vous,
Car ils ont biau laisser leurs sous,
Pour acheter votre eau bénite,
C’est point ça qui les ressuscite… »

À lire « La chanson d’un gâs qu’a mal tourné » (Cultura, Fnac etc…)

À écouter certaines interprétations (YouTube)

À visiter le musée qui lui est consacré à Meung-sur-Loire

« Courage travailleurs ! En un noir bataillon

Marchons, marchons…

Elle viendra notre Révolution ! »

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