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Des yeux pour les yeux

T’as de beaux yeux mais ça suffit pas. Les mirettes, ça sert aussi à regarder, détailler, s’émerveiller, épier et même communiquer.

Je m’explique pour les malvoyants.

À différentes périodes de mon existence je me suis trouvé, comme tout bon touriste qui souhaite profiter du temps qu’il s’est imparti pour ses vacances, face à des points de vue dits remarquables. Et ils l’étaient pour la plupart. Je cause donc d’expérience. Avec le temps, force m’a été de constater que l’usage du mobile a pris le pas sur l’usage du regard comme si voir par l’entremise d’un écran 5×5 cm donnait davantage d’émotions, offrait un intérêt supplémentaire. Le pire dans cette frénésie est l’argument principal utilisé par ces laudateurs friands de technologie : le partage. Car non seulement ils n’apprécient pas en toute simplicité, l’exceptionnel qui leur est offert (je pense au sommet de l’Europe où j’ai vu de mes yeux vu un assortiment digne d’une boutique de téléphonie) mais se targuent d’en faire profiter les copains (avec un peu de chance ils seront de fait jaloux). Doit-on s’y résoudre, s’empêcher de vivre pleinement avec nos cinq sens, se plier au carcan du petit démon qui nous explique qui nous devons être ?

À l’évidence non, me dit-on quand j’en parle. Sauf que, bien souvent mon interlocuteur me coupe la parole et privilégie un appel de Pierre, Paul ou Jacques quand ce n’est pas un vendeur de panneaux (d’où l’expression « tomber dedans »). C’est frustrant ce monde en plastique qui ne vous regarde jamais dans les yeux.

J’en viens à ma sidération récente. Ça s’est passé dans un musée célèbre qui organisait une rétrospective. La presse en avait parlé et la foule l’avait entendu. Pour une fois je me suis mis à observer les visiteurs, à sympathiser avec certains d’entre eux, m’entretenir longuement avec d’autres qui semblaient s’ennuyer. Je ne sais pas encore si c’est le fruit de mon imagination mais il m’est apparu que les deux tiers n’en avaient rien à taper de la peinture et qu’ils étaient présent pour passer le temps, parce qu’il fallait l’être, que faire comme tout le monde était une certitude, qu’après tout là ou ailleurs, qu’ici au moins il faisait frais, qu’il fallait bien se cultiver….

Avant de me tirer une balle dans la tête, déprimé comme jamais à l’image de ceux qui n’obéissent qu’à eux-mêmes, je vous invite cependant à découvrir un peintre que j’ai d’abord apprécié par hasard…  par la bande si je puis dire.

Nous avions trouvé logis chez un monsieur dépourvu d’humour, de peu d’intérêt et qui croyait penser plus juste que ses hôtes. Heureusement le couvert n’était pas proposé et nous n’eûmes que peu d’échanges. Il nous escagassa les nerfs cependant. Le bougre nous assomma de bonnes paroles, nous parla de sa foi en Dieu puis à flot continu nous bourra le crâne de théories branlantes. En peu de temps l’effet somnifère put agir.

Le petit déjeuner au pain sec (l’homme vexé de ne pas pouvoir faire goûter ses confitures maisons nous refusa un bout de fromage) nous fit fuir sans regret pour cette étape non recommandable en jurant, mais un peu tard, que l’on nous n’y reprendrait plus. Mais, il y a souvent un point de convergence avec ses contraires. En l’occurrence ce fut quelques toiles accrochés sur ses murs qui nous décolèrent la rétine. Des œuvres tout en profondeur qui nous donnèrent le désir d’en découvrir plus. Renseignement pris, voilà la suite pas loin de chez nous.

Il s’agit de Nicolas Cotton

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