Au-delà des diables

Un monsieur qui se prenait au sérieux derrière ses deux livres m’a expliqué en quelques doctes propos ce que je pourrais trouver dans ses pages. En feuilletant lesdits monuments tandis qu’il me parlait de Loudun, tout à coup de vieux souvenirs m’ont voilés l’âme. Ainsi, sans grande courtoisie n’étant ni sensible au propos ni aux écrits, je me suis replongé dans une histoire qui m’avait marqué.
Tout commence avec Urbain Grandier. À vingt-sept ans, il est nommé chanoine et curé à Loudun. Très cultivé, ses sermons sur la liberté de penser attirent les foules. Néanmoins, sa réputation de séducteur, ses nombreuses conquêtes, sa paternité et le ménage qu’il forme avec Madeleine de Brou (il doit la préparer à prendre le voile) laissent à supposer un personnage complexe, compte tenu de sa fonction et de son époque (début du dix-septième). Il l’épouse secrètement en prenant le rôle de l’époux, du prêtre et du témoin. Ses arguments ? Il les couche dans le « Traité contre le célibat des prêtres » …
Trois siècles plus tard, un réalisateur d’importance s’empare du sujet et nous livre un grand film : « Les diables », prix du meilleur film étranger (Mostra de Venise 1971). Il s’inspire « Des Diables de Loudun » d’Aldous Huxley mais aussi de la pièce « Les Diables » de John Whiting. 117 minutes dans sa version restaurée pour s’inspirer de l’histoire d’Urbain Grandier et nous offrir une ode contre l’intolérance religieuse, les préjugés, la sexualité. Sublime pour certains, indéniablement marquant pour les autres. Impossible de rester indifférent. Pour votre serviteur un petit chef d’œuvre à glisser dans le top dix.

Le meilleur film de Ken Russell, le plus grand rôle d’Oliver Reed, une Vanessa Redgrave perverse à souhait, une histoire riche, forte, sombre et dérangeante ; que demandez de plus ? Réalisation virtuose et montage précis, brutalité et hystérie propre à toute religion qui s’égare… que de bons ingrédients pour envoyer au bûcher un homme dévoyé et que Richelieu puisse récupérer Loudun (un peu d’histoire bon sang de bonsoir !).
Bien sûr, il a les défauts de son âge avancé, les décors et l’éclairage ne sont plus vraiment de mise de nos jours mais il n’en demeure pas moins que cette charge violente à la « Orange Mécanique » (similitude frappante avec le film de Kubrick) à l’encontre des manipulations religieuses est plus que jamais d’actualité.
Cours-y, débrouille-toi pour visionner la chose. Dans tous les cas, c’est un marqueur impossible à rayer des listes…
