baudat

Monumentale, l’essence de l’oeuvre

Monumental Guy Baudat, roi des Shadocks mais pas que…

Je trouve navrant, qu’une fois de plus, la forme écrase le fond. A plat de coutures mal suturées dirait le docteur Frankenstein en son laboratoire sis au donjon du château.

À propos de château, les journées du patrimoine ont permis à quelques milliers de visiteurs, d’arpenter celui de Chateaubrun et d’y contempler les œuvres de Guy Baudat. Homme admirable.

Ce que j’admire chez cet homme ?

Ce n’est pas son château (y’a pas de piscine chauffée) Ce ne sont pas ses performances physiques (le sergent poil aux dents fait aussi beaucoup de pompes) Ce ne sont pas ses possessions voiturières (y’a bien mieux à Monte-Carlo) Ce n’est pas sa réussite professionnelle (ça ne rend pas un humain meilleur) Ce n’est pas la méthode qu’il a utilisée pour faire rentrer d’énormes sculptures dans de petites pièces (pour ça, y’a les Déménageurs Bretons) Ce ne sont pas ses prises de paroles tonitruantes, un poil cabotines, devant « son » public ; ni son port altier comme le personnage fantasque qu’il s’est fabriqué… Non, non, du tout, du tout…

Pourtant, à ouïr alentour, y’a que ces précités qui comptent ou presque. En deux heures de visite, j’ai tendu l’oreille sans discrétion (« quand on n’a pas de vie, on s’occupe de celles des autres » disait ma grand-mère qui disait pas mal de conneries en ayant tendance à se simplifier la vie avec quelques phrases lapidaires ou sentences définitives). Là, je viens de battre mon record de parenthèses. J’ai pourtant consulté les meilleurs spécialistes (Midori était inquiète par cette propension quasi maladive à utiliser la parenthèse à tout propos, comme pour m’abstraire du sujet en brouillant les pistes avec comme prétexte hypocrite le souci d’apporter une clarification alors que je n’ai rien  compris… à la base ; elle m’incita donc à prendre des mesures, à envisager des soins adéquats, à consulter les oracles, la science inculte, mon voisin guérisseur, l’édile du village… fermons la parenthèse).

Revenons à Chateaubrun.

Parmi les visiteurs très peu parlent des œuvres, des émotions qu’elles suscitent. À croire que tous ces gens n’ont pas les pieds sur terre mais déjà dedans. Et vous rêvez quand, petits bonshommes ?

Guy Baudat c’est bien autre chose qu’un label, qu’une empreinte matérielle dont la poignée de main vous flatte. C’est bien autre chose que la fierté d’un village si difficile à comprendre pour un libertaire.

Guy Baudat est un

grand

sculpteur, singulier, vindicatif et significatif. Un homme qui vole bien au-delà des enceintes de Chateaubrun… intemporel, immortel. Son talent se l’est accaparé sans qu’il s’en soit bien rendu compte.

Voilà ce que j’admire chez cet homme. L’essence qui donne à ses gestes, à chacun de ses sens une direction vers là-bas, plus loin, bien au-delà du quotidien crétin.

Je ne doute pas qu’il puisse être un gars marrant et intéressant pour plein d’autres raisons mais ce sont ses sculptures, l’essentiel. Le meilleur y gît, l’âme s’y niche, chaque contour est le principal. Le tout y réside : ses interrogations, ses avis, ses envies.

Ce qui reste, c’est l’œuvre.

Le créateur n’est là que pour les anecdotes.

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